Réunis à Hambourg, neuf pays riverains de la mer du Nord ont réaffirmé leur volonté de faire de cet espace stratégique le cœur de la production d’énergie renouvelable en Europe et le premier réservoir d’énergie verte au monde, en y déployant 300 GW d’éolien en mer d’ici 2050. Jusqu’à un tiers de cette capacité pourrait provenir de projets transfrontaliers.
Neuf pays européens (Belgique, Danemark, France, Allemagne, Irlande, Luxembourg, Pays-Bas, Norvège et Royaume-Uni) se sont réuni, lundi 26 janvier, en Allemagne, pour le troisième Sommet de la mer du Nord. Ils y ont signé la « Déclaration de Hambourg », qui vise à faire de cet espace maritime « le principal pôle de l’énergie propre au monde ». Ces États entendent ainsi renforcer la résilience énergétique du vieux continent, tout en offrant une énergie bon marché à ses habitants, et en préservant la compétitivité de leurs industries.
Cette déclaration prévoit, en particulier, de renforcer la résilience du système électrique en Europe, en développant jusqu’à 100 GW de projets éoliens transfrontaliers. Il s’agira de projets dits « hybrides » : des parcs directement raccordés aux réseaux de plusieurs pays ou des parcs éoliens transfrontaliers raccordés de manière radiale. Pour financer ces très importants investissements, les signataires préparent un « Cadre de financement offshore » (OFF – Offshore financing framework) afin de « développer et de financer conjointement des ensembles de projets de grande envergure », en collaboration avec la Commission européenne et la Banque européenne d’investissement.
Lors du précédent Sommet de la mer du Nord, organisé à Ostende, en Belgique, en 2023, dans un contexte de menace russe, les participants s’étaient déjà engagés à développer 300 GW d’ici 2050, pour sécuriser l’approvisionnement énergétique de l’Europe. Ainsi, jusqu’à un tiers pourrait être constitué par ces projets transfrontaliers. Un objectif intermédiaire de 120 GW pour 2030 avait été fixé, mais il sera très certainement manqué : à ce jour, seulement 37 GW ont été déployés à travers 13 pays.
Alors, pour relancer le secteur, un « Pacte d’investissement conjoint dans l’éolien offshore pour les mers du Nord » a également été conclu entre les gouvernements, les gestionnaires de réseaux électriques et les industriels, lors de ce sommet. Les gouvernements doivent réduire les risques liés aux investissements et assurer une répartition plus équilibrée des appels d’offres en mer du Nord. L’objectif est d’atteindre une cadence de 15 GW installés par an, entre 2031 et 2040. En contrepartie, l’industrie s’engage à investir 9.5 milliards d’euros dans la chaîne de valeur et à réduire le coût de l’électricité de 30% d’ici 2040. Quant aux gestionnaires des réseaux de transport d’électricité, ils identifieront d’ici 2027, un vingtaine de gigawatts de projets transfrontaliers prometteurs.
Ces initiatives interviennent dans un contexte difficile pour le secteur. Si le Royaume-Uni vient d’attribuer un record de 8.44 GW, lors de son septième round d’attribution, l’industrie éolienne rencontre des obstacles majeurs aux États-Unis, face à une administration Trump déterminée à empêcher des projets en cours de construction d’aboutir. En Europe, plusieurs appels d’offres récents n’ont pas suscité d’intérêt. En France, la filière manque de visibilité, dans l’attente de la nouvelle programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) et du lancement du dixième appel d’offres (AO10), qui porte sur une capacité totale de 8 à 10 GW. Dans un communiqué, tout en saluant ces « engagements majeurs », le Syndicat des énergies renouvelables (SER) a d’ailleurs appelé à « concrétiser au plus vite sur le plan national à travers le lancement des appels d’offres 9 et 10, attendus par la filière depuis de longs mois ».
Cette tentative de relancer l’éolien en Europe s’accompagne également d’une volonté de protéger ses infrastructures stratégiques, mais également vulnérables, comme en témoignent les incidents réguliers sur des câbles sous-marins en mer Baltique. L’OTAN était d’ailleurs représentée au sommet. En plus des efforts de coordination et de collaboration, les signataires de la Déclaration de Hambourg soulignent que l’industrie a un rôle à jouer et ils entendent l’encourager à développer des technologies pour détecter, surveiller et réagir en cas de menace.
© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.
